Deux parcs éoliens en moins en Suisse

Après le parc éolien de Murzelen près de la ville de Berne, le site éolien prévu à Muttenz près de la ville de Bâle a également été enterré hier. La Suisse alémanique compte désormais deux parcs éoliens en moins. L’énergie éolienne joue donc un rôle de plus en plus réduit dans la stratégie énergétique 2050.

(c) Paysage Libre Suisse

Dans le village de Murzelen, qui appartient à la commune de Wohlen près de Berne, quatre éoliennes d’une hauteur de 240 mètres étaient prévues. Il y a quelques semaines, le conseil communal a décidé de ne pas soumettre à la conférence régionale une demande d’inclusion dans le plan directeur.

La résistance de la population semble avoir été trop forte après que Paysage Libre Suisse a publié une vidéo 3D du projet de parc éolien sur www.parcs-eoliens.ch. Les quatre turbines prévues auraient été situées directement devant le village de Murzelen et auraient causé des désavantages considérables tant au niveau du paysage, du bruit que de des ombres portées.

Comme le montrent des études réalisées en Allemagne, les propriétés situées à une telle distance des éoliennes prévues perdent environ 7% de leur valeur. Il n’y aura donc pas de parc éolien près de la ville de Berne dans les prochaines années. À l’est de la capitale, le site du parc éolien de Vechigen a également été suspendu il y a quelques années.

Près de la ville de Bâle, un autre site éolien a été victime des réticences justifiées de la population hier : la centrale éolienne de Muttenz. L’assemblée municipale (législatif) a rejeté le projet de construction à 55%. Intermittence du vent, bruit, faible rentabilité : la population s’est montrée très critique lors de l’assemblée. En outre, il serait possible de produire la quantité d’électricité prévue par le développeur du projet en utilisant l’énergie solaire, ce qui ne poserait aucun problème en termes de bruit ou de protection du paysage. L’agglomération bâloise compte suffisamment de toitures pour développer le photovoltaïque sans les nuisances de l’éolien. C’est dans ce sens que s’est exprimée la majorité de l’assemblée municipale.

L’énergie éolienne s’essouffle progressivement de l’autre côté du Röstigraben. La Suisse alémanique compte désormais moins de douze sites où un projet est activement planifié. Plus de 14 parcs éoliens ont été refusés ou suspendus en Suisse au cours des cinq dernières années, dont douze en Suisse alémanique. En Suisse romande, il reste actuellement une quinzaine de sites avec des projets en phase de planification avancée, et deux autres ont été abandonnés au cours des trois dernières années.

Les politiciens doivent en prendre conscience : plus les ambitions éoliennes du gouvernement s’éternisent, plus l’acceptation de cette énergie au sein de la population s’amenuise. L’énergie solaire a un potentiel 50 fois supérieur à celui de l’énergie éolienne, et sept fois supérieur en hiver. Et avec un autre avantage : une large acceptation de la part de la population.

Vous trouvez une vue d’ensemble de l’éolien en Suisse sur le site www.parcs-eoliens.ch.

Le Tribunal fédéral n’est pas au-dessus des lois de la physique

Dans son arrêt concernant le parc éolien de Sainte-Croix (VD), le Tribunal fédéral juge que les installations éoliennes peuvent produire de l’électricité de manière flexible et en fonction des besoins du marché. L’énergie éolienne revêtirait un intérêt national devant lequel doivent s’effacer la conservation de la nature et la protection du paysage. C’est sur cette base que le Tribunal fédéral a rejeté les recours contre le parc éolien. Cette affirmation est toutefois erronée : en effet, les éoliennes ne produisent de l’électricité que lorsque le vent souffle et sont ainsi dénuées de toute flexibilité.

(c) Tribunal fédéral

Dans son arrêt publié le 21 avril, le Tribunal fédéral écrit mot pour mot que « Les installations de production d’énergie éolienne offrent la flexibilité de production dans le temps et en fonction des besoins du marché (art. 15 al. 5 in fine LEne) et contribuent de manière significative à la sécurité de l’approvisionnement, en particulier en hiver où la consommation est la plus élevée, en permettant de charger ou de décharger le réseau selon les besoins ».

Non seulement la citation de la loi sur l’énergie est erronée (l’article 15 ne traite pas de ce sujet et il ne compte pas 5 alinéas) mais, plus préoccupant encore, l’affirmation du Tribunal fédéral contredit toutes les lois de la physique : en effet, les éoliennes ne produisent de l’électricité que lorsque le vent souffle, contrairement aux centrales à accumulation par pompage qui peuvent stocker et produire de l’électricité sur simple pression d’un bouton. Les sources citées par la Haute cour ne permettent pas d’étayer ses affirmations. Affirmer par ailleurs, comme le fait le TF, que les éoliennes permettent de « décharger le réseau » ne résiste pas à l’analyse.

En raison de sa production d’électricité intermittente, l’énergie éolienne contribue très peu à la sécurité de l’approvisionnement. Une capacité d’appoint doit être disponible 100% à tout moment pour suppléer aux absences de vent. Même d’octobre à mars, lorsque l’énergie éolienne produit 58 % de la production de l’année, on observe des phases de plusieurs jours sans vent.

C’est donc sur la base d’une affirmation contredite par la réalité que le Tribunal fédéral a conclu que le projet de parc éolien de Sainte-Croix revêtait un intérêt national derrière lequel deux autres intérêts pourtant eux aussi de portée nationale – la conservation de la nature et la protection du paysage – doivent s’effacer. La fédération Paysage Libre Suisse insistera sur ce point dans les autres procédures en cours devant le TF.

Si de petits projets tels que le parc éolien de Sainte-Croix, qui représente moins d’un demi pour mille (0.03%) de la consommation suisse, venaient à être considérés comme étant d’intérêt national, la protection du paysage serait gravement affaiblie et la porte largement ouverte à de telles installations énergétiques, même lorsqu’une pondération globale des intérêts s’y opposerait. En d’autres termes, la balance des intérêts ne se ferait plus équitablement puisque les installations éoliennes seraient systématiquement privilégiées aux dépens des autres intérêts nationaux.

Paysage Libre Suisse regrette cette attitude indifférenciée de la plus haute juridiction suisse, qui ne correspond ni aux lois de la physique ni à la tradition de la Suisse en tant que pionnière en matière de protection de la nature et du paysage.

Compte tenu du fait que la Suisse est déjà très densément urbanisée, le développement de l’énergie solaire (thermique et photovoltaïque) s’impose. Cette dernière présente un potentiel d’électricité hivernale 7 fois supérieur à celui de l’énergie éolienne, peut être stockée et approvisionne notre pays en chaleur et en électricité en toute sécurité. Le tournant énergétique ne doit pas détruire ce que la loi protège : la biodiversité et le paysage.

Vers l’arrêt du TF: lien.
Vers le communiqué du TF: lien.

Les éoliennes s’imposent dans le paysage politique fribourgeois

Les éoliennes se sont invitées dans les élections communales fribourgeoises du 7 mars 2021. L’affaire des conventions secrètes du promoteur Groupe E avec différentes communes ont grandement contribué à médiatiser les ambitions éoliennes du Canton, à savoir la construction prévue de 7 parcs éoliens à côté des localités. Une vidéo exclusive montre l’impact paysager du parc de La Sonnaz, situé aux portes de la ville de Fribourg.

(c) Paysage Libre Suisse

(c) Paysage Libre Suisse

 La capitale cantonale fribourgeoise verra tourner les hélices de la centrale éolienne industrielle de La Sonnaz, comme le montre une vidéo publiée par Paysage Libre Suisse. Les 8 éoliennes géantes de 200 mètres en bout de pales prévues par Groupe E ont déjà levé un vent de contestation dans les communes concernées, Courtepin, La Sonnaz ou encore Belfaux, où une association s’est créée pour lutter contre un projet qui n’a rien à voir avec l’écologie prônée par la transition énergétique : les milliers de tonnes de béton et de ferraille coulés à tout jamais dans le sol, les forêts rasées et les atteintes à la biodiversité ne se justifient pas par la production électrique prévue, faible et aléatoire.

Révélées par des personnalités politiques du Canton, les conventions secrètes de Groupe E avec différentes communes ont suscité une réaction massive de la population, qui peinent à comprendre pourquoi l’essor des énergies renouvelables passe par des démarches aussi peu démocratiques. En publiant ce photomontage dynamique, Paysage Libre Suisse tient à informer la population sur la réalité d’une centrale éolienne dont les conséquences sont soigneusement passées sous silence par le promoteur, mais qui va fortement toucher toute la région comprise entre Fribourg, Payerne et Morat.

« Avec ce projet d’éoliennes situées en plaine, à proximité immédiate d’habitations et dans des zones de détente, on doit constater que les intérêts économiques ont pris le pas sur ceux de la population », déclare Antoinette de Weck, députée PLR, membre du comité de Paysage Libre Suisse.

La vidéo est disponible ici : https://youtu.be/m6141otgu8s

Les vidéos dynamiques de Paysage Libre Suisse

Composé de survols virtuels 3D et de photomontages dynamiques, les visualisations de Paysage Libre Suisse sont réalisées au moyen d’un logiciel spécialement conçu pour exploiter les géodonnées 3D de Swisstopo. L’ensemble des indications des plans directeurs, sont scrupuleusement pris en compte. Les emplacements et l’altitude au sol de chaque machine ainsi que le choix du modèle d’éolienne correspondent aux données des promoteurs. La taille des rotors, les ombres portées, les balises nocturnes, l’emprise sur le paysage sont fidèles à ce qui attend les habitants de la région concernée.

25 vidéos ont déjà été réalisées, qui sont disponibles sur le site: www.parcs-eoliens.ch

 

Une nouvelle étude vient bousculer les connaissances sur les infrasons émis par les éoliennes

Les riverains de parcs éoliens en France et en Allemagne sont nombreux à faire état de problèmes de santé parfois graves : maux de tête, acouphènes, troubles du sommeil, vertiges, nausées, sentiments d’oppression dans l’abdomen, ou encore états dépressifs. Ils attribuent l’origine de leur mal aux infrasons, ces sons de basse fréquence inaudibles par l’oreille humaine. Les promoteurs éoliens, quant à eux, nient l’influence que peuvent avoir les infrasons d’origine éolienne sur la santé humaine. Une nouvelle étude commandée par Paysage Libre Suisse apporte des éléments inédits au débat et prouve que la Confédération doit urgemment prendre le problème en main.

Infrasons (c) Pixabay

Dans sa réponse à l’interpellation du Conseiller national Jean-Pierre Grin (13.3113), le Conseil fédéral estimait que les émissions d’infrasons des installations d’énergie éolienne se situent en dessous du seuil d’audition ou de perception et n’ont ainsi pas d’effets sur la santé. Il avait toutefois précisé qu’il suivait de près la recherche sur les effets du bruit dans ce domaine et qu’en cas de nouveaux développements, il proposerait des mesures appropriées pour protéger la population des nuisances sonores.

Une nouvelle étude publiée par Paysage Libre Suisse montre que le problème des infrasons n’a pas été correctement analysé jusqu’à présent, et que la Confédération doit reprendre ce dossier en main dans les plus brefs délais. Paysage Libre Suisse a transmis ses conclusions aux autorités fédérales, auxquelles il est demandé d’agir très rapidement pour protéger la population suisse, étant donné le grand nombre de projets éoliens qui pourraient être construits dans les deux à cinq prochaines années, soit près de 12 parcs, pour un total d’environ 120 machines.

Qu’est-ce qui est nouveau ? Jusqu’à présent, la grande majorité des études sur l’impact sanitaire des infrasons émis par les éoliennes ne considèrent que les émissions mesurées dans l’air. Or c’est dans le sol que se situe le problème : des mesures effectuées dans le voisinage de plusieurs parcs éoliens montrent que des intensités d’ondes de vibrations importantes dans les sols se propagent loin des machines, parfois à plusieurs kilomètres. Convertis en décibels sonores acoustiques, les niveaux d’intensité sont très élevés dans le voisinage de certains parcs. À ces niveaux de vibrations s’ajoutent des effets de résonance dans les bâtiments, qui peuvent multiplier la vibration externe par 10 voire 20 selon le bâtiment. Cette résonance dite de Helmholtz explique pourquoi certains habitants sont plus touchés que d’autres.

La nature du sous-sol est déterminante : les niveaux sonores sont les plus élevés dans des régions de sous-sol dur, notamment le calcaire. Or, la plupart des parcs éoliens suisses dont la construction pourrait intervenir dans les prochaines années se situent dans l’Arc jurassien, sur un sol en calcaire.

Paysage Libre Suisse demande à la Confédération d’agir rapidement pour que la nature du sous-sol soit soigneusement prise en compte dans les procédures de permis de construire. Il est aussi demandé aux autorités judiciaires d’appliquer de façon stricte le principe de précaution, afin de protéger les riverains de conséquences sanitaires graves. Un moratoire sur la construction de nouveaux parcs éoliens est nécessaire aussi longtemps que les mesures adéquates ne sont pas définies par voie d’ordonnance.

Lire l’étude: lien

La Commune de Sonvilier refuse les éoliennes et donne un signal à la Suisse entière

Les habitants de Sonvilier ont donné un signal à la Suisse entière : en refusant le projet de parc éolien des « Quatre Bornes », la commune du Jura bernois montre que la population suisse ne veut plus de ces machines géantes qui détruisent leur cadre de vie tout en engloutissant des subventions à haute dose. Paysage Libre Suisse demande aux autorités fédérales de revoir la stratégie énergétique 2050 et d’élaborer un plan de sortie de l’éolien.

Les dix machines allant jusqu’à 207 mètres de haut prévues à côté du Chasseral ne se feront pas. Ainsi en a décidé la population de Sonvilier qui a montré qu’elle ne comptait pas succomber aux arguments émotionnels des défenseurs du projet, qui promettaient ni plus ni moins l’autonomie énergétique, le sauvetage du climat, l’amélioration du paysage et de la biodiversité. Déjà en difficulté partout en Suisse, l’éolien est aujourd’hui frappé de plein fouet.

Le verdict de Sonvilier constitue aussi un coup dur pour le promoteur Groupe E Greenwatt, à la tête de plusieurs projets éoliens en Suisse, qui sont tous dans une situation critique. Depuis des années, des sommes gigantesques sont englouties en pure perte dans des études d’impact sans lendemain, où on essaie de faire croire aux autorités et à la population que l’installation de ces géants se fait sans nuisance et dans le respect des réglementations.

« Jusqu’à présent, surtout la Suisse alémanique s’opposait aux centrales éoliennes. Désormais, c’est au tour de la Suisse romande de ne trouver aucune raison valable de construire ces machines », estime Elias Meier, président de Paysage Libre Suisse. Entre les colossales subventions aux promoteurs, les dégâts au paysage et à la biodiversité et les nuisances infligées aux riverains, le diagnostic est clair : la sortie du nucléaire devra se passer des hélices.

Paysage Libre Suisse demande aux autorités fédérales de revoir l’objectif de production de 4 térawattheures annuels, soit les quelque 1’000 éoliennes nécessaires selon la stratégie énergétique. Les alternatives sont là, elles s’appellent photovoltaïque, et biomasse, en plus du pilier traditionnel de la production électrique suisse que constitue l’hydraulique. Le photovoltaïque peut être installé rapidement, il est bien meilleur marché, ne suscite pas d’opposition, il est stockable sur place et en plus il fait vivre les entreprises locales. « L’éolien est une idée éculée des années 1990 ; vu les nuisances croissantes qu’imposent ces machines toujours plus grandes, il faut raisonnablement tourner la page et opter pour une solution plus écologique », explique Michel Fior, secrétaire général.

De récentes études confirment qu’une sortie du nucléaire est tout à fait possible sans éolienne. Paysage Libre Suisse lance un appel à une transition énergétique respectueuse des gens, de l’environnement et de l’économie, comme la constitution suisse l’exige.

 

Subventionner l’énergie éolienne nuit gravement à la biodiversité

Dans une étude détaillée de 216 pages intitulée « Subventions dommageables à la biodiversité en Suisse », l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et le Forum Biodiversité Suisse de l’Académie des sciences SCNAT utilisent des termes clairs en ce qui concerne l’énergie éolienne : « Les éoliennes ont un impact négatif sur la biodiversité ».

(c) Pixabay

Ce faisant, ils confirment ce que Paysage Libre Suisse PLCH affirme depuis des années : « La construction de centrales éoliennes nécessite des infrastructures importantes et les nouvelles voies d’accès adaptées aux poids lourds restent en place même après l’installation. Elles aboutissent à une fragmentation de l’écosystème et leur utilisation après la construction contribue à perturber l’écosystème (…). Les éoliennes et les turbulences de l’air créées pendant leur fonctionnement provoquent des collisions avec les oiseaux. Selon l’emplacement des centrales, cela peut avoir de graves conséquences pour les espèces. Les chauves-souris sont également touchées ».

Pour les grandes compagnies d’électricité, les parcs éoliens prévus sont généralement des projets « verts » par souci de prestige et pour le marketing. Mais le fait que les éoliennes soient écologiques est un label plus que jamais frauduleux, estime Paysage Libre Suisse sur la base de ces nouveaux résultats.

Les solutions proposées dans l’étude du WSL ne sont toutefois que partiellement convaincantes : loin de demander la suppression totale des subventions aux éoliennes, l’étude demande qu’elles soient réduites de moitié et que l’argent ainsi libéré soit investi dans la promotion d’autres énergies renouvelables. Pour les deux organisations, une plus grande importance doit être accordée à la biodiversité dans les conditions d’octroi des subventions.

L’étude du WSL repose sur la capacité d’expansion éolienne prévue en 2016. Mais entre-temps, Suisse-Energie et Suisse Eole se sont fixé pour objectif de plus que doubler la production d’énergie éolienne (de 4’300 à 9’000 GWh). Dans notre pays caractérisé par de faibles ressources en vent, cette expansion ne pourrait être réalisée qu’avec quelque 2’500 éoliennes de plus de 200 m de haut chacune, et qui nécessiteraient des subventions annuelles d’environ 1,5 milliard – et ce pendant 15 à 20 ans.

La biodiversité n’est pas la seule à payer les frais de la politique éolienne. Dans la même mesure, le paysage, la santé des riverains de parcs éoliens et l’économie nationale seraient également affectés. Si nous mettons en balance le potentiel total de dommages de l’énergie éolienne et son faible potentiel de production, il devient évident que notre pays devrait payer un prix disproportionné.

Paysage Libre Suisse demande donc que les sommes prévues pour l’énergie éolienne soient investies dans des énergies renouvelables sans effets négatifs sur la biodiversité, le paysage, la santé et l’économie nationale.

Vers l’étude (factsheet en français): Lien

 

Loi sur l’énergie : une révision avant tout cosmétique

Le futur approvisionnement énergétique de notre pays passera essentiellement par l’électricité. Le défi est triple : veiller à ce que la consommation annuelle totale soit couverte par la production, garantir une disponibilité suffisante d’électricité, le tout exclusivement au moyen d’énergies renouvelables domestiques.

(c) Analogicus

La loi fédérale sur l’énergie (LEne), entièrement révisée en 2017, n’a pas relevé ce défi. La révision partielle mise en consultation permet au mieux des améliorations cosmétiques. La LEne continue à se concentrer sur la garantie d’une production annuelle. Le problème de la sécurité d’approvisionnement est et restera sans solution tant qu’il n’y aura pas de capacités de stockage pour l’énergie solaire et éolienne, qui sont toutes deux produites de manière intermittente. Si la LEne était un bâtiment, la révision partielle constituerait un simple coup de pinceau. Pour que la LEne puisse atteindre les objectifs formulés dans ses buts, des améliorations substantielles sont nécessaires. Paysage Libre Suisse a soumis plusieurs propositions à cette fin, qui peuvent être résumées comme suit.

L’électricité est une énergie importante pour le futur. C’est pourquoi une révision de la LEne ne fait sens que si elle est effectuée en même temps que la révision de la loi sur l’approvisionnement en électricité, également en cours.

L’énergie électrique peut et doit être produite sur le territoire national. Les importations de l’étranger seront de plus en plus difficiles. Parce que la disponibilité constante d’une quantité suffisante d’électricité est essentielle, la LEne doit promouvoir à parts égales la production et le stockage.

L’électricité ne doit pas seulement être produite et stockée – il est également possible de l’économiser. Cependant, l’objectif principal de la LEne semble être de couvrir la consommation actuelle à l’avenir simplement avec des énergies renouvelables domestiques au lieu de l’énergie nucléaire. Outre la production et le stockage de l’énergie, une loi sur l’’énergie doit également mettre l’accent sur les mesures visant à réduire la consommation d’électricité.

Le but ancré dans la loi sur l’énergie, qui n’est pas concerné par la révision, appelle, entre autres, à «garantir une fourniture et une distribution de l’énergie économiques et respectueuses de l’environnement». La révision de la LEne ne tient pas suffisamment compte de ces exigences, car l’ancien système de redevance à l’injection sera conservé et un nouveau système de rétribution à l’investissement doit être introduit en plus. Ce double système de soutien n’est pas économique et favorise les technologies nuisibles à l’environnement, comme l’énergie éolienne.

Il n’est pas acceptable de maintenir jusqu’en 2043 un système de subventions avec le tarif de rachat existant, qui devrait aboutir au paiement de CHF 18 milliards pour 4,3 TWh/an d’énergie éolienne, alors que le même montant pourrait financer 6,5 TWh/an d’énergie photovoltaïque. Il est donc impératif que la rétribution à l’injection soit entièrement transférée dans le système de la rétribution à l’investissement, y compris pour les installations éoliennes qui auraient été rétribuées sous l’ancien droit.

Non seulement les buts de la loi sur l’énergie, mais aussi la Constitution fédérale elle-même exigent une politique énergétique respectueuse de l’environnement (art. 89 Cst.). La compatibilité environnementale ne se limite pas à éviter les déchets nucléaires et à réduire les émissions de CO2. Elle comprend également la protection du paysage et de la biodiversité. Paysage Libre Suisse insiste donc pour que la LEne n’encourage que les installations énergétiques qui respectent pleinement les dispositions de la loi sur la protection des eaux et de la loi sur la protection de la nature et du paysage.

Prise de position PLCH (en allemand): lien

La nouvelle Conception «Paysage suisse» met les éoliennes au placard

Le Conseil fédéral vient d’approuver la nouvelle Conception « Paysage suisse ». Ce document présente l’approche de la Confédération pour protéger le paysage suisse et éviter les conflits d’objectifs. Il est remarquable que le sujet de l’énergie éolienne ne soit même pas mentionné dans cet instrument de planification du territoire. La fédération Paysage Libre Suisse salue cette approche, car l’avenir réside dans un approvisionnement en énergie assuré par des installations qui ne portent pas d’avantage atteinte à notre paysage et ne conduisent pas à l’étalement des zones bâties.

Crêt-Meuron (c) Christophe Schindler

De nombreux acteurs tels que des associations, des partis politiques, des cantons et des organisations ont exprimé leur point de vue dans le cadre de la procédure de consultation relative à la Conception « Paysage suisse » (CPS). Comme il fallait s’y attendre, le document, qui est contraignant, a suscité à la fois des résistances et des soutiens. Si certaines prises de position s’avèrent extrêmes sur plusieurs points, d’autres objectifs ont été bien soutenus. Le lobby qui œuvre à un démantèlement de la protection du paysage était aussi bien représenté dans les prises de position que celui qui s’engage en faveur de sa protection. Le Conseil fédéral a adopté le projet pratiquement inchangé.

Étonnamment, le Conseil fédéral a refusé de se prononcer sur le conflit entre le paysage et l’énergie éolienne. Les associations environnementales et le lobby éolien avaient tous deux exigé que des objectifs clairs soient fixés pour les quelque 800 grandes éoliennes prévues en Suisse. À titre de comparaison, une section de la CPS est exclusivement consacrée à l’énergie solaire et stipule que celle-ci doit en principe être mise en œuvre sur les infrastructures existantes.

En ce qui concerne l’énergie éolienne, un bref renvoi indique que celle-ci doit être traitée dans un concept séparé conformément à l’article 13 de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). Les objectifs suivants guident ainsi la politique du paysage:

– Paysages d’importance nationale : La surface et la qualité des paysages d’importance nationale sont au minimum conservées et garanties au niveau de l’aménagement du territoire. Les paysages sont développés au moyen de mesures de valorisation. Les atteintes existantes sont réduites ou éliminées lorsque l’occasion se présente (Objectif 5.B).

– Soutien des objets régionaux et locaux : Les paysages, les milieux naturels, les installations et les bâtiments protégés ou dignes de protection aux niveaux régional et local sont conservés ou développés dans une optique qualitative grâce au soutien de la Confédération (Objectif 5.C).

Paysage Libre Suisse se félicite de ces objectifs clairs. Les grandes éoliennes, dont la hauteur totale peut atteindre 230 mètres, n’ont pas leur place dans nos paysages sensibles et mondialement connus. L’énergie éolienne – tout comme l’énergie solaire – doit être produite à l’aide de micro-installations érigées sur des infrastructures existantes ou dans des zones bâties, et dont l’électricité est stockée et consommée localement. C’est la seule façon dont l’énergie éolienne peut contribuer à l’approvisionnement en électricité de manière durable et respectueuse du paysage.

Conception “Paysage suisse”: lien

Mont-Crosin : gaspillage de fonds publics

14 millions de francs : c’est la subvention que Juvent SA a obtenue de la Confédération en 2019 pour sa centrale éolienne de Mont Crosin. Ce montant est financé par les consommateurs d’électricité, que ce soit des particuliers ou des entreprises. Propriétaire de Juvent, le groupe électrique BKW SA a dégagé la même année un bénéfice record de 433 millions de francs. À l’heure où de nombreux indépendants luttent pour leur survie et où une crise économique de grande ampleur frappe la Suisse, Paysage Libre Suisse dénonce ce qu’il faut bien appeler un scandale : le gaspillage de fonds publics pour le subventionnement inutile de grands groupes électriques ultra-bénéficiaires.

(c) Paysage Libre Suisse

Les chiffres de l’Office fédéral de l’énergie OFEN passent généralement inaperçus dans les médias. À tort : ils cachent ce qu’il faut bien considérer comme un dysfonctionnement du système d’encouragement des énergies renouvelables piloté par la Confédération. Ainsi, en 2019, Juvent SA, filiale de BKW SA, a reçu pas moins de CHF 13’845’288.- d’argent public pour sa centrale éolienne de Mont-Crosin. C’est 55 % de plus qu’en 2018, grâce notamment au vent qui a soufflé plus fort dans les pales.

Cet état de fait est scandaleux à plus d’un titre : à l’heure où une crise économique sans précédent menace le tissu économique de notre région, à l’heure où de gros points d’interrogation planent sur l’avenir de nos finances publiques et de nos impôts, il est incompréhensible et inacceptable qu’un gros groupe électrique qui dégage un bénéfice net qui frise le demi-milliard de francs soit subventionné par de l’argent provenant de consommateurs d’électricité qui, pour certains, ne savent pas de quoi leur avenir sera fait, s’ils ne sont pas déjà au chômage. Tout autant discutable est l’augmentation du dividende de 22 % versé aux actionnaires de BKW SA.

C’est ni plus ni moins tout le système de soutien aux énergies renouvelables qui montre ici sa perversité : il revient à verser des millions à des entreprises qui n’en n’ont aucun besoin, qui plus est en fonction de la vitesse du vent. Pendant ce temps, de nombreux projets photovoltaïques sont en attente, tandis que d’autres ne sont tout simplement pas réalisés en raison d’un soutien financier insuffisant. Or, ces projets se feraient à moindre coûts, sans dégâts sur le paysage et la biodiversité, et profiteraient à nos PME plutôt qu’à des fabricants d’éoliennes situés hors de nos frontières.

Paysage Libre Suisse appelle à une suppression totale et immédiate des subventions à l’énergie éolienne et à leur transfert en faveur de projets photovoltaïques et de biomasse qui ont réellement besoin de soutien financier pour se concrétiser. Une telle mesure est nécessaire pour garantir à la fois l’équité et l’efficacité dans la transition énergétique.

Chiffres de l’OFEN: lien

Vent contraire pour les éoliennes de Zoug et du Toggenbourg

Dans sa réponse à une interpellation concernant l’énergie éolienne, le gouvernement cantonal de Zoug a réitéré sa position négative sur l’énergie éolienne au début du mois de décembre 2019. Dans le même temps, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage CFNP recommande de ne pas poursuivre le projet de centrale éolienne de Krinau dans le Toggenbourg (SG). L’opposition en Suisse alémanique est plus forte que jamais.

Krinau (Toggenburg)

Krinau (Toggenburg), (c) Paysage Libre Suisse

Dans sa réponse du 10 décembre 2019, le gouvernement cantonal de Zoug déclare en introduction que le concept éolien de la Confédération ne devait pas permettre de procéder à une pesée des intérêts, car il s’agit d’une question de planification cantonale. Comme décidé dans le cadre de l’élaboration du plan directeur cantonal de 2015, le canton ne soutient pas les grandes éoliennes. Les zones figurant à l’inventaire fédéral des paysages IFP, les marais et les réserves naturelles communales ou cantonales sont absolument exclues. Les zones forestières sont également considérées à première vue comme des zones d’exclusion. Le gouvernement cantonal ne voit guère de zones propices aux éoliennes. Il n’y a guère de potentiel pour l’énergie éolienne.

La position du canton est incontestée tant au sein de la Commission de l’aménagement du territoire et de l’environnement qu’au Grand Conseil. Le gouvernement cantonal n’envisage donc pas d’autres clarifications. De plus, en raison des mauvais résultats des mesures du vent, aucun producteur d’énergie du canton de Zoug n’est intéressé par l’utilisation de l’énergie éolienne.

Quelques jours avant la lettre du Conseil d’Etat de Zoug, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage CFNP a rendu son verdict sur le projet de parc éolien de Krinau dans le Canton de Saint-Gall. Le document qui a été rendu public le 4 février 2020 précise que les turbines “seraient visibles en tant qu’infrastructures techniques dominantes depuis les différentes crêtes et sommets du périmètre paysager protégé [Hörnli-Bergland] et, elles perturberaient massivement la vue jusqu’alors dégagée sur les crêtes, arêtes et sommets du secteur figurant à l’inventaire fédéral des paysages”.

En conclusion, la CFNP écrit : “La Commission conclut que le projet doit être considéré comme une atteinte grave au regard des objectifs de protection de l’objet IFP n° 1420, qui est directement adjacente à la zone du projet. Il recommande donc de ne pas poursuivre le projet”.

Paysage Libre Suisse appelle le canton de Saint-Gall à abandonner immédiatement le projet de centrale éolienne de Krinau. La protection du paysage est une priorité dans notre pays densément peuplé et urbanisé. Le canton de Zoug adopte une approche exemplaire et met en œuvre de manière conséquente la demande de préserver les paysages protégés au niveau national. La zone IFP menacée “Hörnli-Bergland” est particulièrement appréciée en tant que zone de loisirs par la population du canton de Zurich, et est extrêmement précieuse pour la biodiversité.

Réponse du Conseil d’Etat de Zoug (en allemand): lien
Rapport de la CFNP (en allemand): lien