La nouvelle Conception «Paysage suisse» met les éoliennes au placard

Le Conseil fédéral vient d’approuver la nouvelle Conception « Paysage suisse ». Ce document présente l’approche de la Confédération pour protéger le paysage suisse et éviter les conflits d’objectifs. Il est remarquable que le sujet de l’énergie éolienne ne soit même pas mentionné dans cet instrument de planification du territoire. La fédération Paysage Libre Suisse salue cette approche, car l’avenir réside dans un approvisionnement en énergie assuré par des installations qui ne portent pas d’avantage atteinte à notre paysage et ne conduisent pas à l’étalement des zones bâties.

Crêt-Meuron (c) Christophe Schindler

De nombreux acteurs tels que des associations, des partis politiques, des cantons et des organisations ont exprimé leur point de vue dans le cadre de la procédure de consultation relative à la Conception « Paysage suisse » (CPS). Comme il fallait s’y attendre, le document, qui est contraignant, a suscité à la fois des résistances et des soutiens. Si certaines prises de position s’avèrent extrêmes sur plusieurs points, d’autres objectifs ont été bien soutenus. Le lobby qui œuvre à un démantèlement de la protection du paysage était aussi bien représenté dans les prises de position que celui qui s’engage en faveur de sa protection. Le Conseil fédéral a adopté le projet pratiquement inchangé.

Étonnamment, le Conseil fédéral a refusé de se prononcer sur le conflit entre le paysage et l’énergie éolienne. Les associations environnementales et le lobby éolien avaient tous deux exigé que des objectifs clairs soient fixés pour les quelque 800 grandes éoliennes prévues en Suisse. À titre de comparaison, une section de la CPS est exclusivement consacrée à l’énergie solaire et stipule que celle-ci doit en principe être mise en œuvre sur les infrastructures existantes.

En ce qui concerne l’énergie éolienne, un bref renvoi indique que celle-ci doit être traitée dans un concept séparé conformément à l’article 13 de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). Les objectifs suivants guident ainsi la politique du paysage:

– Paysages d’importance nationale : La surface et la qualité des paysages d’importance nationale sont au minimum conservées et garanties au niveau de l’aménagement du territoire. Les paysages sont développés au moyen de mesures de valorisation. Les atteintes existantes sont réduites ou éliminées lorsque l’occasion se présente (Objectif 5.B).

– Soutien des objets régionaux et locaux : Les paysages, les milieux naturels, les installations et les bâtiments protégés ou dignes de protection aux niveaux régional et local sont conservés ou développés dans une optique qualitative grâce au soutien de la Confédération (Objectif 5.C).

Paysage Libre Suisse se félicite de ces objectifs clairs. Les grandes éoliennes, dont la hauteur totale peut atteindre 230 mètres, n’ont pas leur place dans nos paysages sensibles et mondialement connus. L’énergie éolienne – tout comme l’énergie solaire – doit être produite à l’aide de micro-installations érigées sur des infrastructures existantes ou dans des zones bâties, et dont l’électricité est stockée et consommée localement. C’est la seule façon dont l’énergie éolienne peut contribuer à l’approvisionnement en électricité de manière durable et respectueuse du paysage.

Conception “Paysage suisse”: lien

Mont-Crosin : gaspillage de fonds publics

14 millions de francs : c’est la subvention que Juvent SA a obtenue de la Confédération en 2019 pour sa centrale éolienne de Mont Crosin. Ce montant est financé par les consommateurs d’électricité, que ce soit des particuliers ou des entreprises. Propriétaire de Juvent, le groupe électrique BKW SA a dégagé la même année un bénéfice record de 433 millions de francs. À l’heure où de nombreux indépendants luttent pour leur survie et où une crise économique de grande ampleur frappe la Suisse, Paysage Libre Suisse dénonce ce qu’il faut bien appeler un scandale : le gaspillage de fonds publics pour le subventionnement inutile de grands groupes électriques ultra-bénéficiaires.

(c) Paysage Libre Suisse

Les chiffres de l’Office fédéral de l’énergie OFEN passent généralement inaperçus dans les médias. À tort : ils cachent ce qu’il faut bien considérer comme un dysfonctionnement du système d’encouragement des énergies renouvelables piloté par la Confédération. Ainsi, en 2019, Juvent SA, filiale de BKW SA, a reçu pas moins de CHF 13’845’288.- d’argent public pour sa centrale éolienne de Mont-Crosin. C’est 55 % de plus qu’en 2018, grâce notamment au vent qui a soufflé plus fort dans les pales.

Cet état de fait est scandaleux à plus d’un titre : à l’heure où une crise économique sans précédent menace le tissu économique de notre région, à l’heure où de gros points d’interrogation planent sur l’avenir de nos finances publiques et de nos impôts, il est incompréhensible et inacceptable qu’un gros groupe électrique qui dégage un bénéfice net qui frise le demi-milliard de francs soit subventionné par de l’argent provenant de consommateurs d’électricité qui, pour certains, ne savent pas de quoi leur avenir sera fait, s’ils ne sont pas déjà au chômage. Tout autant discutable est l’augmentation du dividende de 22 % versé aux actionnaires de BKW SA.

C’est ni plus ni moins tout le système de soutien aux énergies renouvelables qui montre ici sa perversité : il revient à verser des millions à des entreprises qui n’en n’ont aucun besoin, qui plus est en fonction de la vitesse du vent. Pendant ce temps, de nombreux projets photovoltaïques sont en attente, tandis que d’autres ne sont tout simplement pas réalisés en raison d’un soutien financier insuffisant. Or, ces projets se feraient à moindre coûts, sans dégâts sur le paysage et la biodiversité, et profiteraient à nos PME plutôt qu’à des fabricants d’éoliennes situés hors de nos frontières.

Paysage Libre Suisse appelle à une suppression totale et immédiate des subventions à l’énergie éolienne et à leur transfert en faveur de projets photovoltaïques et de biomasse qui ont réellement besoin de soutien financier pour se concrétiser. Une telle mesure est nécessaire pour garantir à la fois l’équité et l’efficacité dans la transition énergétique.

Chiffres de l’OFEN: lien

Vent contraire pour les éoliennes de Zoug et du Toggenbourg

Dans sa réponse à une interpellation concernant l’énergie éolienne, le gouvernement cantonal de Zoug a réitéré sa position négative sur l’énergie éolienne au début du mois de décembre 2019. Dans le même temps, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage CFNP recommande de ne pas poursuivre le projet de centrale éolienne de Krinau dans le Toggenbourg (SG). L’opposition en Suisse alémanique est plus forte que jamais.

Krinau (Toggenburg)

Krinau (Toggenburg), (c) Paysage Libre Suisse

Dans sa réponse du 10 décembre 2019, le gouvernement cantonal de Zoug déclare en introduction que le concept éolien de la Confédération ne devait pas permettre de procéder à une pesée des intérêts, car il s’agit d’une question de planification cantonale. Comme décidé dans le cadre de l’élaboration du plan directeur cantonal de 2015, le canton ne soutient pas les grandes éoliennes. Les zones figurant à l’inventaire fédéral des paysages IFP, les marais et les réserves naturelles communales ou cantonales sont absolument exclues. Les zones forestières sont également considérées à première vue comme des zones d’exclusion. Le gouvernement cantonal ne voit guère de zones propices aux éoliennes. Il n’y a guère de potentiel pour l’énergie éolienne.

La position du canton est incontestée tant au sein de la Commission de l’aménagement du territoire et de l’environnement qu’au Grand Conseil. Le gouvernement cantonal n’envisage donc pas d’autres clarifications. De plus, en raison des mauvais résultats des mesures du vent, aucun producteur d’énergie du canton de Zoug n’est intéressé par l’utilisation de l’énergie éolienne.

Quelques jours avant la lettre du Conseil d’Etat de Zoug, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage CFNP a rendu son verdict sur le projet de parc éolien de Krinau dans le Canton de Saint-Gall. Le document qui a été rendu public le 4 février 2020 précise que les turbines “seraient visibles en tant qu’infrastructures techniques dominantes depuis les différentes crêtes et sommets du périmètre paysager protégé [Hörnli-Bergland] et, elles perturberaient massivement la vue jusqu’alors dégagée sur les crêtes, arêtes et sommets du secteur figurant à l’inventaire fédéral des paysages”.

En conclusion, la CFNP écrit : “La Commission conclut que le projet doit être considéré comme une atteinte grave au regard des objectifs de protection de l’objet IFP n° 1420, qui est directement adjacente à la zone du projet. Il recommande donc de ne pas poursuivre le projet”.

Paysage Libre Suisse appelle le canton de Saint-Gall à abandonner immédiatement le projet de centrale éolienne de Krinau. La protection du paysage est une priorité dans notre pays densément peuplé et urbanisé. Le canton de Zoug adopte une approche exemplaire et met en œuvre de manière conséquente la demande de préserver les paysages protégés au niveau national. La zone IFP menacée “Hörnli-Bergland” est particulièrement appréciée en tant que zone de loisirs par la population du canton de Zurich, et est extrêmement précieuse pour la biodiversité.

Réponse du Conseil d’Etat de Zoug (en allemand): lien
Rapport de la CFNP (en allemand): lien

C’est la fin pour la centrale éolienne de Surselva aux Grisons

Après les échecs successifs des projets éoliens de LinthWind à Glaris en début 2019, de Rheinau près de Sargans (St.-Gall) et d’Oberegg en Appenzell, le parc éolien de Lumnezia dans la Surselva est désormais enterré. Près de 60% des citoyennes et citoyens de la commune de Lugnez se sont prononcés contre le principe d’une centrale éolienne dans la région de Surselva aux Grisons. Le taux de participation a largement dépassé les 50%.

(c) Commune Lumnezia

Membre de Paysage Libre Suisse, l’association IG Sezner-UmSu-Grenerberg a mis en garde contre les conséquences négatives du parc éolien sur l’environnement, le tourisme et la qualité de vie dans la région de Surselva. Le projet prévoyait la construction de 18 machines à une altitude comprise entre 2’000 et 2’500 mètres, dans un site naturel réputé pour ses paysages uniques.

L’électorat ne s’est pas laissé influencer par les arguments des promoteurs, selon lesquels le projet aurait amené beaucoup d’argent à la communauté et six (sic) nouveaux emplois. Le projet de centrale éolienne est donc mort. Paysage Libre Suisse félicite les bénévoles qui se sont engagés dans ce long combat et se réjouit de la préservation d’un joyau paysager connu à l’échelle internationale.

En Suisse orientale, de nombreux projets de centrales éoliennes ont été stoppés ces derniers mois. Si le canton de Zurich et le Land autrichien du Vorarlberg ont renoncé à tout projet éolien, les cantons de Saint-Gall, Schaffhouse et Glaris n’en prévoient chacun qu’un seul. Sur la rive allemande du lac de Constance, une distance minimale de 2000 mètres est en vigueur en Bavière et de 1000m en planification au niveau fédéral, ce qui limite considérablement les projets dans la région. Aux Grisons, une seule installation de quelques machines est encore en discussion vers Coire, à côté de l’éolienne déjà en service. En Appenzell, le projet controversé d’Oberegg a été rejeté par les deux demi-cantons et d’autres projets ne sont pas en vue à moyen terme.

Seul le canton de Thurgovie prévoit encore de construire de grandes éoliennes en Suisse orientale, à savoir sept centrales pour un total d’une bonne trentaine de turbines. Si la Thurgovie devait elle aussi renoncer à la construction de grandes éoliennes industrielles, il ne resterait plus que l’Arc jurassien, la région du Mittelland (Lucerne, Argovie, Berne) et la Suisse romande pour envisager une industrialisation à grande échelle du paysage suisse.

Paysage Libre Suisse travaille actuellement à la visualisation des parcs éoliens prévus en Suisse. Les vidéos déjà créées peuvent être vues sur le site www.parcs-eoliens.ch. D’autres vidéos suivront.

EXCLUSIF : Les photomontages et vidéos du Chasseron et du Creux-du-Van à l’ère des éoliennes

Paysage Libre Suisse met aujourd’hui en ligne une vidéo qui dévoile à quoi ressemblerait l’espace naturel entre le Creux-du-Van et le Chasseron avec les dizaines d’éoliennes réparties dans les 5 centrales qui y sont prévues aussi bien sur Vaud que sur Neuchâtel. Les images sont saisissantes : c’est à une véritable industrialisation de ces lieux symboliques du paysage suisse qu’on assisterait, sans compter la perte irrémédiable de la biodiversité qui fait la particularité de cette région.

Une image que les promoteurs éoliens ne vous montreront jamais : une zone industrielle de quelque 80 éoliennes réparties de part et d’autre de la frontière de Vaud et de Neuchâtel. Le tout conçu sans la moindre coordination intercantonale. Voilà à quoi risque de ressembler la région du Chasseron et du Creux-du-Van dans quelques années. Pour le seul canton de Vaud, c’est une quarantaine de machines qui seraient érigées sur la première crête du Jura, dans les sites éoliens de Provence, Grandevent et Grandsonnaz.

La protection de ces lieux symboliques du Jura vaudois a récemment fait l’objet d’une pétition signée par près de 14’000 personnes. Le parlement vaudois et les communes concernées en ont fait peu de cas, préférant vouer cette région encore à l’état naturel à un destin industriel. On ne peut qualifier autrement le spectacle que la vidéo donne à voir.

Lieux symboliques du Jura, le Creux-du-Van et le Chasseron sont autant de destinations appréciées par les randonneurs et les sportifs venus de loin à la ronde. Il ne fait aucun doute que le spectacle qui leur serait donné rendrait le secteur définitivement sans intérêt. « On se tire une balle dans le pied », estime Jean-Marc Blanc, secrétaire général de Paysage Libre Vaud, pour qui « un formidable outil de travail pour le tourisme doux et durable se transformerait en décharge éolienne ».

L’image n’est pas exagérée : aucun autre endroit en Suisse n’est pressenti pour héberger une telle quantité d’éoliennes au kilomètre carré. « En Suisse alémanique, l’opinion publique est devenue très réticente face à l’éolien et préfère recourir à des énergies renouvelables respectueuses des gens et des animaux, comme le photovoltaïque », explique Elias Meier, Président de la fédération Paysage Libre Suisse.

Avec cette vidéo neutre et objective, Paysage Libre Suisse désire sensibiliser l’opinion publique sur l’ampleur de la menace sur un patrimoine naturel unique, une menace systématiquement passée sous silence par les promoteurs éoliens qui répètent à l’envi que les centrales éoliennes s’intègrent harmonieusement dans le paysage.

« C’est qu’y a des gros sous à se faire, mais pas pour les p’tites gens d’ici » : Michel Bühler frappe à la porte de la Suisse alémanique

A 74 ans, après avoir chanté dans le monde entier, Michel Bühler frappe à la porte de la Suisse alémanique. Et pas sans raison : attaché aux montagnes jurassiennes autant qu’à la langue française, il poursuit son combat contre l’industrialisation de nos paysages par les « actionnaires » de l’écologie. Sous le titre Windturbinen, il sort aujourd’hui la version allemande de sa chanson Eoliennes.

Michel Bühler (c) Lauren Pasche

Nul besoin de présenter Michel Bühler aux Romands. L’auteur-interprète de Ste Croix a près de trois cents chansons et une dizaine de récits, romans et pièces à son actif. Connu en outre pour son engagement social et politique, il a reçu en 2013 le prix Jacques-Douai.

Dans son album de 2016, la chanson « Eoliennes » traduit à merveille l’opportunisme avec lequel les promoteurs éoliens, sous couvert d’écologie et de progrès, s’apprêtent à sacrifier la nature, le paysage et la santé humaine. Avec un joli pactole à la clé : les subventions.

Contacté récemment par Paysage Libre Suisse, Michel Bühler a accepté avec enthousiasme d’enregistrer une version de cette chanson en langue allemande. « Malgré mon patronyme, je me sens plus à l’aise dans la langue de Gilles Vigneault que de Mani Matter. Chanter en allemand fut un véritable défi ! », dit-il en riant à la sortie du studio d’enregistrement.

« Eoliennes » est un récit lucide sur le fonctionnement de notre monde néolibéral où tout finit par être récupéré par l’économie pour devenir une source de profit. L’éolien traduit à merveille ce business vert. Des turbines industrielles, bruyantes et destructrices du patrimoine et de la biodiversité nous sont « vendues » comme de gracieuses fées qui vont sauver la planète et l’humanité. Loin de la pensée unique du monde moderne, « Eoliennes » est un espace de réflexion et de lucidité. Un regard vers le futur.

« Windturbinen » de Michel Bühler (allemand): écouter.
« Eoliennes » de Michel Bühler (français): écouter.

Adaptation allemande: Walter Bohnenblust et Hermine Weidmann.

L’avenir paysager de l’Arc jurassien est en jeu

Le recours contre le parc éolien de Granges est actuellement en procédure devant le Tribunal fédéral. Six éoliennes avec des rotors de 122 m de large sont prévues sur la première chaîne du Jura, dans le canton de Soleure. Les machines seraient visibles pour plus d’un million de personnes, et des espèces d’oiseaux très menacées sont mis en danger. Cette décision aura une importance décisive pour l’avenir du paysage suisse.

Le paysage jurassien de la Montagne de Granges (c) Marcel Kessler

En 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, le canton de Soleure décide de créer la zone de protection du Jura. Peu d’autres cantons connaissent des règles aussi strictes en matière de protection du paysage : les lignes aériennes, les maisons de vacances, les routes, les clôtures et même les sculptures en bronze sont interdites. L’ordonnance cantonale sur la protection de la nature et du patrimoine culturel définit les couleurs, les matériaux, l’emplacement et l’apparence de tous les éléments construits. Les endroits exposés sont interdits. Les nouveaux bâtiments doivent imiter les bâtiments existants.

La zone de protection du Jura serait ignorée. L’immense région du Jura, qui offre un refuge à une biodiversité très riche et attire chaque week-end des dizaines de milliers de personnes des zones urbanisées du Mittelland, est menacée par le parc éolien de Granges. Trois turbines doivent être érigées directement à côté de la Wandfluh, la grande paroi rocheuse au-dessus de la ville horlogère de Granges. Trois autres sont prévues au milieu de dolines. Le rayon de visibilité est de plus de 50 kilomètres. La production d’électricité serait très irrégulière et se situerait entre 10 GWh (selon Birdlife) et 30 GWh (selon le promoteur) par an. Cela correspond à 0,04 % de la consommation suisse d’électricité.

Le canton de Soleure étant l’un des seuls cantons à ne pas prévoir de votation sur un tel projet, seules les associations environnementales disposant d’un droit de recours ont pu faire opposition. Actuellement, seul le recours de l’association de protection des oiseaux ASPO/Birdlife Suisse est encore pendante devant le Tribunal fédéral. La Cour suprême va donc se prononcer sur l’avenir de la chaîne jurassienne, qui marque l’horizon de notre pays de Genève à l’Argovie. Des rotors géants attireront-ils l’attention pendant la journée et des feux rouges clignoteront-ils au-dessus de Granges la nuit ?

BirdLife critique le fait que la centrale éolienne soit placée au milieu de la zone de protection du Jura et à côté d’une zone de protection du paysage d’importance nationale. De nombreux oiseaux inscrits sur la liste rouge se reproduisent dans le périmètre impacté et seraient tués par les rotors. De nombreuses chauves-souris y vivent également et les oiseaux migrateurs traversent deux fois l’an les montagnes du Jura. Au milieu de leur trajectoire de vol, entre 27 et 150 m au-dessus du sol, les rotors tourneraient à une vitesse pouvant atteindre les 400 km/h.

Récemment, la route menant à la montagne de Granges s’est partiellement effondrée. Pendant la réfection, il a fallu arrêter les sources d’eau potable dans le tunnel ferroviaire de Granges, situées directement sous le parc éolien, en raison de l’infiltration rapide de l’eau entre la route et les sources du tunnel. La ville de Granges, qui tire entre 85 et 98 % de son eau de ses propres sources, devrait se passer de son propre approvisionnement en eau potable pour construire le parc éolien. 40’000 personnes sont raccordées au réseau d’eau de Granges.

Le projet de centrale à la Montagne de Granges le montre : le Tribunal fédéral ne se prononce pas seulement de la construction de six turbines. Il décide aussi de l’avenir de l’eau potable de dizaines de milliers de personnes, de la survie de nombreuses espèces animales et de l’avenir des zones de loisirs de la population du Plateau suisse.

Nous ne pouvons pas remplacer notre paysage. Nous n’en avons qu’un seul.

Sauver la planète sans éoliennes

Selon une étude scientifique rendue publique hier et reprise par de nombreux médias, la Suisse peut atteindre les objectifs de l’Accord de Paris grâce à des mesures simples et uniquement grâce à l’énergie solaire. La transition énergétique est ainsi possible sans altérer le paysage et la biodiversité. Le recours à des centrales éoliennes s’avère désormais inutile et même contre-productif. Paysage Libre Suisse se réjouit de ce constat et appelle à un « reset » de la stratégie énergétique 2050.

(c) Pixabay

(c) Pixabay

Les chiffres issus de l’étude 2019 sur les bâtiments à énergie positive indiquent que les excédents de production d’électricité solaire, en combinaison avec des centrales de pompage-turbinage, sont plus que suffisants pour approvisionner en énergie la totalité du secteur des bâtiments et du transport avec de l’électricité neutre en CO2 en Suisse. Les toitures solaires permettraient de réduire les émissions de CO2 de 90% !

Ces mesures, décrites comme simples, montrent à quel point la stratégie énergétique 2050 fait fausse route. L’étude prouve ainsi que grâce au solaire :

– la quasi-totalité des émissions de CO2 peut être éliminée ;
– la sortie du nucléaire est assurée ;
– le paysage et la biodiversité sont entièrement préservés.

Paysage Libre Suisse voit une série d’autres avantages à un changement de paradigme en matière de transition énergétique :

– Les subventions (rétributions à l’injection) allouées aux installations solaires pour chaque kilowattheure injecté sont pour ainsi dire la moitié de celles accordées aux centrales éoliennes.
– En mettant l’accent sur le solaire, ce sont les PME suisses qui sont à l’œuvre plutôt que les fabricants allemands d’éoliennes.

La transition énergétique peut donc être bonne pour l’économie en plus de préserver le climat et de nous débarrasser du nucléaire.

L’étude publiée ce jour va dans le sens du Plan Marshall du Parti socialiste pour la transition énergétique : le recours à l’énergie éolienne y est partout absent, preuve de son inutilité. Paysage Libre Suisse salue ce changement d’orientation et invite la nouvelle Cheffe du Département fédéral de l’énergie à le mettre en œuvre dans ses services.

Un « reset » de la stratégie énergétique 2050 ouvre la voie à une transition énergétique compatible avec l’environnement. Plus rien ne justifie le recours aux installations éoliennes, qui appartiennent désormais au passé.

Vers l’étude: lien.

Parcs éoliens – menaces sur les sites UNESCO

La pérennité de la reconnaissance des sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO de La Chaux-de-Fonds – Le Locle et de l’île de Reichenau sur le Rhin est directement menacée par des projets de parcs éoliens planifiés à proximité immédiate sur les crêtes des environs de la Vue-des-Alpes et sur les collines de Thurgovie. En Valais, l’Hospice du Grand Saint-Bernard, présent depuis 2016 sur la liste indicative à la candidature établie par la Confédération ne répond plus aux critères de protection en raison d’un projet de parc éolien aux abords du col.

La Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage et Paysage Libre Suisse lancent l’alerte sur le risque que représente la construction de centrales éoliennes pour la mise en valeur du patrimoine. La menace est réelle car les mises à l’enquête sont imminentes pour les projets neuchâtelois et thurgovien. Au Grand Saint-Bernard, le Conseil d’Etat valaisan a carrément abandonné l’inscription à l’UNESCO de l’Hospice en levant les recours des ONG à l’édification du parc éolien de la combe de Barasson.

L’inquiétude des autorités de l’Etat du Bade-Würtemberg dans lequel se trouve l’île monastique de Reichenau est telle que son ministre de l’économie s’est directement adressé à Berne. Idem pour les autorités chaux-de-fonnières et locloises qui au travers de la commission d’experts du site UNESCO ont sollicité l’Office fédéral de la culture. Cette demande intervient dans un contexte assez particulier puisque les deux villes vont célébrer dès la fin juin et durant une année le 10ème anniversaire de l’inscription de l’urbanisme horloger à l’UNESCO.

Site UNESCO Urbanisme horloger La Chaux-de-Fonds – Le Locle

Pour les villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle, les enjeux sont décisifs : trois parcs éoliens sont prévus à proximité : Crêt Meuron (Tête de Ran), Montperreux (La Vue-des-Alpes) et La Joux-du-Plâne (Quatre Bornes), soit au total 27 machines selon la planification cantonale.

La demande de permis de construire pour Crêt-Meuron et la mise à l’enquête du projet des Quatre Bornes pourraient intervenir durant la deuxième moitié de 2019 déjà. Seul le projet de Montperreux semble être « en retard », mais il avance lui aussi. L’impact paysager est substantiel et pose problème eu égard au classement UNESCO des deux villes, car certaines machines sont situées à moins de 4 km des zones centrales du site.

A droite sur l’image : projets de centrales éoliennes de Crêt-Meuron, Montperreux, et La Joux-du-Plâne.
A gauche : en rouge : bien du patrimoine mondial. En bleu : zone tampon

Projet éolien Distance bien du patrimoine mondial Distance zone tampon
Crêt-Meuron ~ 3.6 km ~ 1.6 km
Montperreux ~ 3.6 km ~ 1.5 km
La Joux-du-Plâne ~ 8 km ~ 5 km

 

Mont Saint-Michel – une réaction exemplaire

En France, qui compte 44 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, dont 39 biens culturels, le Ministère de la Transition écologique a instauré des zones d’exclusion de l’éolien autour de ces sites. Cette politique est issue de la problématique soulevée en 2011 autour du site classé du Mont-Saint-Michel où finalement les projets de parcs éoliens situés jusqu’à 25 km de distance ont été abandonnés suite à un rapport négatif d’une mission d’expertise de l’UNESCO.

En Allemagne également et malgré la transition énergétique menée à marche forcée, divers projets de parcs éoliens ont été abandonnés car trop proches de sites culturels et paysagers emblématiques, raison pour laquelle ils ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La Suisse ne peut se permettre de faire l’économie d’une réflexion identique. Les organisations environnementales appellent à une prise en compte sérieuse des risques que représentent les projets de centrales éoliennes sur la pérennité des sites classés.

2018: une année médiocre pour la production d’énergie éolienne en Suisse

En 2018, la production des grandes éoliennes suisses s’est élevée à 121 gigawattheures (GWh), soit 7.97% de moins qu’en 2017 (132 GWh). Elle représente 0.196% de la consommation totale d’électricité suisse (61’900 GWh). Les chiffres de production sont publiés sur wind-data.ch, un portail sur l’énergie éolienne exploité pour le compte de l’OFEN. Nous avons pris en compte toutes les éoliennes des parcs éoliens d’une puissance installée totale de plus d’un megawatt (36 éoliennes, sans changement par rapport à l’année précédente).

Entlebuch

(c) Pixabay

Le facteur de charge (qui correspond au nombre d’heures à pleine charge par an, ou en d’autres termes l’utilisation de la capacité) reflète le potentiel éolien existant et s’établit en moyenne à 18.4% en 2018 (19.2% l’année précédente). Au bas de l’échelle on trouve, comme l’année précédente, le parc éolien de Gries situé au col du Nufenenen, le plus haut parc éolien en Europe. Le facteur de charge y était de 6.4% (9.5% pour cent l’année précédente), soit un niveau sensationnellement bas. Comme l’ont récemment rapporté les médias, le parc éolien connaît des difficultés financières: voir ici). Les opérateurs avaient prévu 13-14 GWh par an, mais la production de 2018 de 5.3 GWh est inférieure de 60% aux attentes. Seules les éoliennes de Feldmoos/Rengg dans l’Entlebuch (LU), sont pires encore que le parc de Gries, avec une utilisation de la capacité de 5.5% (année précédente : 7.6%).

Comme les années précédentes, les éoliennes du coude du Rhône dans le Canton du Valais ont été les plus performantes. Du rétrécissement de la vallée résulte un « effet turbo » et des conditions de vent supérieures à la moyenne. Les facteurs de charge s’élèvent ainsi à Martigny à 28.7%, à Collonges à 27.8% et à Charrat à 25.5%. Cependant, ces turbines sont des exceptions : aucune autre machine n’a réussi à atteindre un taux d’utilisation de la capacité clairement supérieur à 20 %. Sans les trois installations valaisannes, le facteur de charge aurait été de 15.1%.

Un facteur de charge d’environ 20% reste bien en dessous de la limite requise pour une utilisation efficace et économique de l’énergie éolienne. Les données confirment une fois de plus que la Suisse ne connaît pas des conditions de vent adaptées à la production d’énergie éolienne. Le potentiel de l’énergie éolienne en Suisse est et restera faible, des estimations réalistes le situent à moins de 2% de la production d’électricité. L’énergie éolienne ne peut donc pas apporter une contribution substantielle à l’approvisionnement en électricité. Quant à ses impacts sur le paysage, sur l’homme et la nature, ils sont disproportionnés.