Éolien en hiver : ce que les graphiques de l’OFEN ne montrent pas

Chaque année, à l’approche de l’hiver, l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) diffuse des graphiques destinés à illustrer le rôle essentiel de l’éolien dans l’approvisionnement électrique durant la saison froide. Ces représentations le mettent en perspective avec d’autres sources d’énergie, comme le solaire ou l’hydraulique.

À première vue, la lecture paraît simple. Trois courbes se superposent : le solaire en jaune, l’éolien en vert, l’hydraulique en bleu. Le solaire domine en été, l’éolien semble prendre le relais en hiver, tandis que l’hydraulique assure une certaine stabilité. L’ensemble donne l’image d’un système équilibré, où chaque technologie compenserait les faiblesses des autres. Ce schéma mérite toutefois d’être examiné de plus près.

Quand « quand » remplace « combien »

Ces graphiques ne comparent pas des volumes de production, mais des périodes de production. Ils montrent quand l’électricité est produite, mais ne disent rien des quantités effectivement générées. En mettant sur le même plan des sources très différentes en termes de contribution réelle, ils suggèrent une forme d’équilibre qui ne correspond pas à la réalité.
Un exemple simple permet de comprendre ce décalage. Prenons trois ampoules de puissances différentes, toutes allumées en même temps. À première vue, elles brillent toutes. Mais en réalité, une ampoule de 10 watts ne produit pas la même lumière qu’une ampoule de 25 ou de 100 watts. Il en va de même ici, puisque le graphique l’OFEN montre « trois ampoules », sans en préciser la puissance.
Or, c’est précisément cet élément qui est déterminant.
En Suisse, l’éolien représente aujourd’hui à peine 0,3 % de la production totale d’électricité. À titre de comparaison, le solaire dépasse déjà les 10 %, soit environ trente fois plus. Même durant le semestre d’hiver, sa contribution reste nettement supérieure à celle de l’éolien.

Des plateformes indépendantes comme Energy Charts permettent d’observer cette réalité de manière plus directe:

Grafique Swiss Energy Charts, semaine 7, 2026. Rouge : nucléaire. Bleu : hydraulique. Jaune : solaire. Vert : éolien.

Sur l’année, on constate que la courbe de l’éolien est pratiquement invisible, y compris en hiver.

Le piège des moyennes

En matière d’approvisionnement énergétique, qu’est-ce qui compte vraiment : une moyenne mensuelle ou la capacité à produire au moment précis où l’électricité est nécessaire ? L’électricité restant difficile à stocker à grande échelle, elle doit être produite au moment de sa consommation. Une moyenne ne renseigne donc pas sur la fiabilité réelle d’une source, mais sur une tendance générale. Or, les graphiques de l’OFEN reposent sur des moyennes mensuelles calculées sur plusieurs années, un choix qui introduit une simplification supplémentaire et peut conduire à une lecture trompeuse.

(source : valeurs mensuelles 2020-2024, OFEN)

Comme par exemple dans ce graphique, où l’on examine la production sur plusieurs années. Des écarts considérables apparaissent, certains mois d’hiver présentant des niveaux de production très variables selon les conditions météorologiques. Dans ce contexte, une moyenne donne une image lissée de la réalité en permettant d’identifier une tendance, mais sans rendre compte des fluctuations concrètes auxquelles le système électrique est confronté.

Informer… ou orienter ?

Les graphiques publiés par l’OFEN suggèrent donc une contribution importante de l’éolien à l’approvisionnement hivernal, alors que celle-ci reste marginale. Un décalage qui ne tient pas aux données elles-mêmes, mais à la manière de les présenter. En mettant en avant certaines caractéristiques tout en en laissant d’autres de côté, il ne se contente plus d’informer : il oriente la lecture.

Paysage Libre Suisse, Mdg


Sources :

Graphiques Energy charts :
https://www.energy-charts.info/index.html?l=fr&c=CH
https://energy-charts.info/charts/energy/chart.htm?l=fr&c=CH

Statistiques approvisionnement énergétique Suisse

Statistiques énergie solaire en Suisse

Swisseole, divers documents